Eugen Gabritschevsky

C’est en Russie, aux Etats-Unis, en France et en Allemagne que nous emmène le parcours d’Eugen Gabritschevsky exposé en ce moment à la Collection de l’Art Brut de Lausanne. On y découvre le destin brisé de cet enfant de bonne famille russe né à Moscou à la fin du 19ème siècle.

Fils d’un bactériologiste reconnu, Eugen reçoit la meilleure éducation possible. Polyglotte, intéressé par les sciences naturelles, il continue naturellement son parcours à l’Université, comme ses quatre frères et sœurs. Il se décide pour des études de biologie et de génétique. Continuant ses recherches à New-York, son parcours académique est un sans-faute. De l’Université à l’Institut Pasteur de Paris, il n’y a qu’un pas pour Gabritschevsky. Pourtant, l’avancée fulgurante du scientifique est stoppée net en 1931 lorsqu’il est interné dans un hôpital psychiatrique près de Munich. Il a 38 ans. En effet, l’homme souffre de troubles psychiques depuis de longues années et lorsque son état se détériore, sa famille n’a pas d’autre choix que de le placer en institution. Eugen vivra cet internement comme un enfermement. Il y restera jusqu’à sa mort en 1979.

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Eugen Gabritschevsky en 1925 aux États-Unis, Collection de l’Art Brut

 

Durant la découverte de l’exposition, je tombe sur ces lignes : J’ai passé 17 années dans une prison où je me trouve encore. J’ai quitté la vie normale et productive depuis si longtemps qu’on peut me compter une âme morte, une personne enterrée […], une sorte de ruine qui ne vit que de ses souvenirs et disparaît comme un crépuscule morose à jamais. (Lettre d’E. Gabritschevsky, 1946). La nature de l’auteur qui perce à travers ses écrits et ses œuvres graphiques est douce et touchante de délicatesse.

 

 

L’éloignement du monde académique poussera pourtant Gabritschevsky à s’adonner à la création artistique. C’est ainsi que, pendant plus de quarante ans, il va peindre, dessiner et laisser derrière lui quelques cinq mille œuvres. L’exposition Eugen Gabritschevsky propose de suivre l’évolution de la production de l’artiste, depuis la période des dessins au fusain très académiques à l’éclosion d’un style bien particulier qu’il développera durant les années d’internement. Son activité démontre une qualité inventive et ingénieuse. L’auteur gratte, frotte, peint, utilise des éponges, toutes sortes de papiers et de techniques diverses afin de représenter paysages, êtres, décors de théâtre ou encore animaux fantasmagoriques.

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Eugen Gabritschevsky, sans titre, sans date, gouache sur papier plié, 31 x 20. Collection de l’Art Brut. Photo: Atelier de numérisation – Ville de Lausanne

 

 

 

La vie et l’œuvre d’Eugen Gabritschevsky sont à découvrir jusqu’au 19 février 2017.

 

 

 

 

 

 

 

Texte: Jessica Mondego, assistante de recherche à la Collection de l’Art Brut.

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