Festival les Voix du monde au féminin

Le postulat de départ de ce festival Voix du Monde au Féminin est pour le moins évocateur : « Y a-t-il une créativité spécifiquement féminine qui s’exprimerait tout particulièrement dans le chant ? » Difficile de trouver une réponse définitive à cette question. Mais peu importe finalement, tant la démarche et l’ouverture vers la diversité des approches culturelles font la richesse de cette proposition. Mention spéciale pour l’approche sociétale des Voix du Monde au Féminin, à savoir un engagement revendiqué pour une plus grande reconnaissance des femmes artistes qui évoluent dans certaines parties du monde qui n’accordent toujours pas les mêmes droits aux femmes qu’aux hommes.

 « Ainsi, dans certains pays, le fait pour une femme de chanter en public reste moralement répréhensible, voire puni par la loi » Laurent Aubert

 Depuis sa fondation en 1983, sous l’égide de Laurent Aubert, les Ateliers d’ethnomusicologie (ADEM) se focalisent principalement sur la musique et les mouvements artistiques de par monde. Avec un programme annuel pour le moins riche en concerts et activités en tous genres telles que des cours, stages, publications de livres entre autres. À noter également que les Ateliers d’ethnomusicologie viennent en aide aux musiciens migrants qui s’installent dans la région genevoise. Un soutien à n’en pas douter précieux afin de conserver un potentiel d’expression artistique intact en dépit des aléas et des difficultés que ces personnes peuvent affronter dans leurs parcours de vie.

C’est ainsi dans cette lignée et cet esprit d’ouverture que s’inscrit cette édition 2016 du festival Voix du Monde au Féminin. Afrique, Europe, Amérique, Asie… Un programme varié et coloré, aux saveurs et parfums de découverte.

La soirée à laquelle j’ai pu assister le 11 novembre s’est composée de deux parties. Début des festivités avec la formation cubaine Vocal Iroko, incarnée par trois superbes interprètes : Ondina Duany, Amanda Cepero et Diana Granda autour du projet Pimienta Negra (Piment Noir). Accompagnées de leurs musiciens, les trois femmes ont revisité le bel héritage et les mélanges culturels qui forment les racines du peuple de l’île de Cuba. L’Afrique en toile de fond. L’Afrique si présente tant dans la beauté et la profondeur des rythmes  et des chants que dans les références culturelles à la Santería, particularisme ethnico-traditionnel si constitutif de l’identité cubaine. Le moins que l’on puisse dire est que Vocal Iroko réussit son pari à merveille : amener au spectateur, néophyte ou connaisseur, un petit morceau de la mosaïque de Cuba. Je me suis très facilement laissé emporter par la chaleur, la rondeur des rythmes et la très belle présence scénique des interprètes. A souligner également : le subtil équilibre des trois voix qui fusionnent à merveille.

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Vocal Iroko

Après un bref intermède, la nuit et la scène ont laissé place à la chanteuse Argentine María de la Paz. Changement radical de paradigme : je me téléporte cette fois dans les rues de Buenos Aires. Hommage au mythique Astor Piazzolla, probablement la plus grande figure de l’histoire du tango moderne.  Apparition sur les planches d’une frêle et filiforme jeune femme qui se lance dans une sobre et élégante interprétation a capella en guise de mise en bouche. Mystérieuse et intrigante, elle laisse le spectateur dans ses pensées et disparaît quelques instants, pointant la lumière vers ses musiciens virtuoses. María de la Paz est une artiste intense. En dépit de sa menue stature, elle impose une présence très forte non seulement dans l’impeccable interprétation vocale des grands classiques de Piazzolla mais également (et comment !) dans l’interprétation théatrâle des chansons. N’est-ce pas là toute l’essence du tango argentin ? Énigmatique et envoûtant.

J’avoue en revanche avoir été assez dérouté par la transition entre la proposition cubaine et argentine, tant les deux mondes sont riches de leurs particularismes mais au fond si différents. Mon esprit étant resté à Cuba quelques instants, j’ai eu quelques difficultés au départ à entrer dans le monde de María de la Paz. Chacune des formations aurait en somme amplement mérité une soirée à part entière. Il s’agit là d’un tout petit bémol, vivement la prochaine édition !

Texte: Oscar Ferreira

 

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