Derniers jours pour Pygmalion au Théâtre de Carouge

 

Difficile de se rendre à une adaptation de Pygmalion sans l’image d’Audrey Hepburn et  sa longue robe blanche et noire dans la comédie musicale My Fair Lady. Eliza Doolittle semble porter à jamais la silhouette longiligne de l’actrice américaine. Et pourtant, au théâtre de Carouge, le pari est gagné: Raoul Pastor offre une mise en scène fidèle de la célèbre pièce de Bernard Show qui, sous des allures de conte de fées, distille en finesse un cynisme grinçant.  

Invité au fond de la salle François-Simon dans un aménagement réduit, le public est convoqué dans un rapport de proximité avec la scène et les comédiens. L’aménagement rappelle le dispositif du Théâtre des Amis où la pièce a été créée, mais installe aussi instantanément les spectateurs dans une atmosphère envoutante et charmante dans laquelle se déroule la fantaisie du Professeur Higgins. Fasciné par le parler ordurier d’une vendeuse de fleurs, il parie avec son ami le colonel Pickering de faire de cette vulgaire jeune femme une véritable lady anglaise, par la magie du langage. Eliza Doolittle entre dans le jeu du professeur de phonétique mais se défend de n’être qu’une créature…

Photo: Isabelle Meister

Photo: Isabelle Meister

Le mythe de Pygmalion explore les enjeux d’un pouvoir démiurgique et ses conséquences sur les rapports entre créateur et créature. Les répliques cinglantes des dialogues entre Eliza et Henry Higgins exacerbent ces tensions dans un humour pince-sans-rire délicieux. Melanie Oliva Bauer maîtrise toute les facettes de son personnage, de la plus volubile à la plus grave, et réussit parfaitement sa métamorphose au fil de la pièce. Face à elle, Raoul Pastor incarne à merveille Higgins, ce rustre misogyne dans le corps d’un savant fou. Mais la pièce ne se concentre pas sur la relation entre Eliza et Higgins. En peintre social, Bernard Shaw fait intervenir des personnages issus de toutes les classes sociales et s’amuse à les faire se confronter. La lutte des classes en en effet l’enjeu sous-jaçant mais principal de l’œuvre de cet auteur marxiste.

Ces figures sociales et humaines sont toutes servies par un casting d’exception. Chaque comédien campe son personnage à la perfection, de la gestuelle à l’expression du visage. Les somptueux costumes et les décors inventifs complètent le tableau et contribue à la sensation de réalisme et d’immersion. Raoul Pastor propose une lecture littérale mais efficace, dans laquelle ressort toute la drôlerie et la mesquinerie du texte de Shaw.  Il faut faire vite: les places sont rares et Pygmalion s’arrête dimanche.

Texte: Marie-Sophie Péclard

Photo: Isabelle Meister

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