Trahisons au Théâtre de l’Orangerie

En guise de clôture de saison, le Théâtre de l’Orangerie accueille la pièce « Trahisons » de Harold Pinter, mis en scène par George Guerreiro. Un triangle amoureux classique joué tout en finesse, une chronologie inversée de l’action et une mise en scène brute doublée d’un dialogue économe mettent à nu les traîtrises de l’âme humaine. Sans artifice.
Photo: Marc Vanappelghem

Photo: Marc Vanappelghem

Le Théâtre de l’Orangerie à Genève est incontestablement un endroit magnifique. Situé au beau milieu du Parc de la Grange, il est doté d’un restaurant extérieur tamisé de lumière orange. Le tout est spacieux, beau et confortable, et se trouve à cinq minutes du bord du lac. Ce cadre somptueux  est une première (bonne) raison de mettre les pieds à l’Orangerie avant la fin de l’été… Mais c’est avant tout la pièce « Betrayal », »Trahisons » dans sa version française, qui mérite votre passage. Au travers de dialogues saupoudrés d’ironie noire, elle vous réserve l’expérience de la bassesse humaine en amitié comme en amour.

Le tableau de la pièce, tout comme la mise en scène, est relativement simple. Emma (Dominique Gubser) et Robert (Pietro Musillo) sont mariés et parents de deux enfants. Jerry (Vincent Bonillo), quant à lui, est le meilleur ami de Robert, mais aussi l’amant d’Emma durant sept ans. Les trois personnages, excellemment joués, nous entraînent sur le tricycle infernal de leurs duplicités. L’action se joue sur les non-dits, le drame se trame sur les silences. Le trio détonnant que forment Emma, Robert et Jerry ne se retrouve que rarement au complet, laissant aux rencontres entre quatre yeux le devant de la scène. Amour et amitié exigent des trahisons, rendant à leur tour nécessaires d’autres trahisons, dans un cercle vicieux du mensonge des plus réalistes.

Dans « Trahisons », le dramaturge et prix Nobel de la littérature Harold Pinter livre les mécanismes de la tromperie dans toute son indicible violence. Si la pièce n’est pas ouvertement violente, et même voilée de simplicité et de légèreté – car oui, on sourit parfois – le metteur en scène George Guerreiro parvient cependant à nous plonger au cœur même de la supercherie qui lie les personnages entre eux.  C’est là toute la beauté de l’exercice. On dit beaucoup avec peu de mots, on montre des tonnes avec des petits riens. Il ne faut que verres de vin et squash, nappe vénitienne et souvenirs oubliés pour dépeindre le sordide de ces personnages et leur sombre histoire. Autre particularité notable, la pièce se déroule « à rebours ». C’est pourquoi la première scène est, selon la chronologie de l’histoire, la plus récente, tandis que la dernière est celle qui remonte le plus loin dans le temps, pas loin de dix ans auparavant. De quoi tuer toute forme de suspens… Mais c’en est encore plus prenant. On recommande chaudement. Mort au suspens, et place aux trahisons!

Texte: Marie Berset

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