Carrousel – Le 6 juin 2015 au festival de Caribana

Sous la canicule, les festivaliers sont nombreux à rejoindre la scène du lac pour écouter ce couple mélodieux. Accompagnés de leurs trois musiciens, le duo nous entraine sur leur manège pendant une petite heure. Sans fausses notes, ils nous font tourner d’un rythme folk sur leurs tubes. A l’aide d’un accordéon, ils ne cessent de garder le public éveillé même si la chaleur nous endormirait.

Venu présenter leur nouvel album « Euphorie » au public, ils mélangent quelques anciens succès à ce voyage de « j’avais rendez- vous » et « Dis-moi encore ». Comme le Carrousel tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre et que le temps passe tellement vite, ils nous font part de leurs souvenirs et de leurs insouciances de « Faire face à l’horizon ».

GLA3

 

Remplis de joie de se produire sur scène et aux visages colorés, ils s’unissent pour faire vivre une émotion à travers la foule.  Chansons à texte, c’est plus qu’un plaisir pour les oreilles.  Embarqués sur leur monde « féerique », Sophie et Léonard créent une belle surprise pour ce début de soirée !

Texte: Jenny Raymonde

Histoire d’un désamour: interview de Guy Mettan

GuyMettanLes clichés sont souvent tenaces, et la Russie en fait les frais depuis dix siècles. Catalyseur des peurs et des ambitions, la russophobie s’est développée en Europe qui a fait de la Russie son miroir négatif. C’est l’idée que développe le journaliste et directeur du Club Suisse de la Presse Guy Mettan dans son dernier livre  » Russie-Occident: une guerre de mille ans ». En se basant sur la production journalistique et historique occidentale au sujet de la Russie, Guy Mettan pose les fondements d’une rivalité originelle qui vont mener à l’image caricaturale de « l’ours russe menaçant », et explique les différences entre les russophobies française, anglaise, allemande et américaine. Il pose ainsi les balises des relations entre la Russie et l’Occident,  confrontant de nombreux faits au regard de l’histoire. Il dénonce encore certaines pratiques journalistiques et cherche à rétablir la désinformation que subit la Russie, tout en jetant un éclairage stimulant sur la position ambigüe de l’Union Européenne.

L’Agenda: Quels événements particuliers vous ont poussé à écrire ce livre?
Guy Mettan: Je suis l’actualité russe avec attention depuis longtemps et j’ai toujours été surpris de la manière tronquée dont la grande presse parle de la Russie. Cela m’est apparu notamment avec les Jeux Olympiques de Sotchi. À ce moment, il n’y avait pas de guerre, pas d’annexion, on ne pouvait rien reprocher à la Russie et les journalistes ont trouvé des milliers de reproches à faire: c’était trop cher, il y avait de la corruption, des familles avaient été déplacées, ainsi que des choses ridicules comme des robinets qui ne fonctionnaient pas… Et puis il y a eu la révolution de Maidan en Ukraine, avec le putsch du mois de février 2014 qui a déclenché un déferlement antirusse qui m’a vraiment agacé, j’ai eu envie de remettre les choses au clair. Mais on pourrait écrire ce livre sur d’autres pays. La Russie n’est pas la seule concernée mais c’est le cas que je connais le mieux pour y aller régulièrement et voir ce qui s’y passe.

La russophobie est bâtie sur une vision déformée de ce pays, une succession de clichés qui construit un mythe. D’où vient-il?
Le fondement du mythe a une base religieuse, c’est le schisme entre orthodoxes et catholiques à partir de Charlemagne. Cette rupture a d’ailleurs été provoquée par les Occidentaux pour des questions géopolitiques, de concurrence entre le Saint-Empire romain germanique et l’Empire byzantin. Cela a généré quantité de clichés négatifs à l’égard des Grecs qui se sont répercutés sur la Russie quand cette dernière a repris la succession de l’Empire byzantin. Au dix-huitième siècle, quand la Russie réapparait comme grande puissance, le mythe revient: une Russie despotique, annexionniste, qui voudrait envahir l’Europe, contrairement à tous les faits historiques! On constate en effet que c’est la Russie qui a été envahie par l’Europe et non le contraire, une dizaine de fois entre les Chevaliers teutoniques, les Polonais en 1612, Napoléon en 1812, les Allemands et Hitler deux fois pendant le vingtième siècle. Maintenant l’OTAN progresse en Ukraine et en Géorgie…. Alors que la Russie n’a jamais envahi l’Europe occidentale. Quand les troupes russes d’Alexandre étaient à Paris c’est parce qu’elles avaient été attaquées par Napoléon. La même chose pour Berlin en 1945, Hitler avait d’abord envahi la Russie! Ce sont des choses qu’on oublie et l’on tend à prendre la conséquence pour la cause: il y a une distorsion historique et journalistique dans la présentation des faits. C’est ainsi qu’on voit que la russophobie est avant tout une idéologie, un mythe qui est construit pour les opinions publiques européennes .

En quoi ce mythe est-t-il nécessaire à la construction de l’identité européenne?
L’Europe a toujours été divisée. Jusqu’en 1914, entre plusieurs nations, puis entre les blocs soviétique et occidental. Aujourd’hui, la construction européenne est très laborieuse et compliquée, avec de grandes divisions internes. Ce mythe de l’ours russe menaçant conforte l’identité et l’union forcée des pays d’Europe. Quand on a un adversaire commun, c’est toujours plus facile de faire l’union sacrée.

Vous évoquez les lobbies russophobes, qui sont-ils?
Les lobbies existent partout et toujours. Dans le cas de la Russie, il est vrai que cette présentation des faits est encouragée par l’existence de puissants lobbys. Le premier est le lobby militaire qui est bien connu, car on ne peut pas vendre d’armes si le monde est en paix et si l’on n’a pas de prétendus ennemis à vaincre et contre lesquels on doit se protéger. Il y aussi le lobby des ressources énergétiques, du pétrole et du gaz. La Russie possède d’immenses ressources: dans une industrie qui a toujours des besoins énormes, il est plus utile d’avoir une Russie servile et dominée qu’indépendante et autonome. Ce fait se voit clairement en 2003: après les attentats du 11 septembre les relations entre les États-Unis et la Russie étaient bonnes, mais l’attitude des États-Unis a complètement changé quand la Russie a décidé de conserver la gestion de ses ressources en interdisant à Khodorkovsky de brader les ressources pétrolières aux Américains. Le lobby gazier pétrolier américain a été fâché de n’avoir pas pu racheter pour une bouchée de pain les ressources russes. Le troisième lobby est celui de l’ est-européen, les Polonais et les pays baltes qui nourrissent une crainte vis-à-vis de la Russie. Ils se sont toujours appuyés sur les anglo-saxons pour accroître leur importance au sein de l’Union Européenne dans laquelle ils avaient un problème de légitimité.

Le sentiment russophobe existe-t-il ailleurs qu’Europe ou aux États-Unis?
Je n’ai pas la prétention d’avoir couvert le sujet mais l’une des surprises de ce travail a été de constater que la russophobie est une forme de racisme propre à l’Occident. Dans mon livre, je parle de russophobie religieuse, de russophobie française, bien que les français aient eu des moments de russophilie. La russophobie anglaise est très forte à cause des querelles géopolitiques. La russophobie allemande apparaît vers la fin du 19e et la russophobie américaine, plus récente, commence en 1945. Mais on ne trouve pas ce sentiment par exemple en Chine ou au Japon, alors que ces pays ont connu des conflits territoriaux avec la Russie. Il y a eu une guerre entre le Japon et la Russie en 1903 et en 1945. La Chine et la Russie ont connu des accrochages frontaliers dans les années 70 sur le fleuve Amour. Mais on ne trouve pas de russophobie chinoise ou japonaise, malgré ces conflits. Ce paradoxe montre à nouveau que la russophobie est une création de l’Occident justement provoquée par son ambition de vouloir dominer le monde, mais qui a trouvé la Russie sur son chemin. Et les lobbies russophobes entrent en action à chaque fois que la Russie résiste. On peut prévoir un tel comportement avec la Chine puisqu’à chaque résistance l’Occident tend à la décrédibilisation et la délégitimation. Il cherche à interférer dans les affaires des autres pays au nom de la démocratie et les Droits de l’homme, non sans une certaine ambiguïté puisque la question des Droits de l’homme en Arabie saoudite ne lui pose aucun problème alors qu’ils sont violés de façon mille fois plus grave qu’en Russie.

A-t-on pu connaître un sentiment russophobe en Suisse?
Non, je ne dirai pas ça. La Suisse est toujours prudente ou réservée face à l’étranger. Il n’y a pas de russophobie suisse, et c’est pour ça que je n’en parle pas dans ce livre. En revanche il y a eu à un moment un anti-communisme très fort, et je déplore que la Suisse ait suivi les sanctions européennes contre la Russie. Mais c’est plus un effet de suivisme qu’une russophobie active et délibérée. L’autre avantage en Suisse est qu’on peut toujours s’exprimer et qu’il y a toujours une écoute pour les voix minoritaires. Je crois que ça fait partie de l’ADN national et c’est plutôt positif.

Texte et propos recueillis par Marie-Sophie Péclard

Guy Mettan, Russie-Occident: Une Guerre de Mille Ans, Éditions des Syrtes, mars 2015.

 

Sur la route de la Fureur de Lire

La Fureur de lire ouvre son festival littéraire par une soirée consacrée à une œuvre majeure de la Beat Generation, Sur la route de Jack Kerouac. La qualité d’écriture et les thématiques du roman, orientées vers la fureur de vivre, l’évasion, l’intensité et la liberté, rejoignent assurément le cœur du festival : la fureur…de lire, le plaisir et la passion…des mots.

Dans ce récit autobiographique, Jack Kerouac relate ses expéditions à travers les Etats-Unis, entre 1947 et 1950, avec son compagnon de route, Neal Cassady. Véritable anticonformiste face à la société américaine, Kerouac embrasse une vie de liberté, d’exaltation, de voyage et de frénésie. Ses pérégrinations vers l’Ouest américain sont nourries par une quête de sensations et l’aspiration vers de nouveaux horizons. Fondé sur une critique et une révolte face à la société, Sur la route repose sur une soif de liberté, le désir de vivre intensément et la volonté de dépasser les conventions sociales de l’époque.

Photo: Guillaume Perret

Photo: Guillaume Perret

La Fureur de lire nous propose un concert-lecture de toute beauté, guidé par la musique de Shani Diluka et la lecture d’Hippolyte Girardot, soulignant le goût de Kerouac pour les mots et le jazz. Les récitations et la piano se succèdent, puis se mélangent sublimement. Accompagnés par ces sonorités puissantes et intenses, nous partons, nous aussi, sur la route, aux côtés de Kerouac. La musique et le texte sont empreints d’une folie, d’une puissance et d’une intensité communicative, mais également d’une part de délicatesse, de fragilité et de douceur. Ce concert-lecture est une invitation au voyage, qui nous emporte véritablement.

Texte: Pauline Santschi

Ashes to Ashes au Théâtre de Poche : et si des cendres peut renaître une lumière ?

C’est dans un décor épuré et sobre que le duo de comédiens fait son entrée sur scène, dans l’intimité de ce théâtre qui se prête décidément si bien à la naissance d’une communion avec le public. Deux canapés à la blancheur clinique font face à une bouteille de whisky, entamée sur le comptoir. Les protagonistes se livrent à un périlleux dialogue, entre discussion franche et interrogatoire. Mais le jeu des apparences va réveiller des profondeurs de la mémoire des récits tragiques.

Au départ la conversation semble plutôt banale, le mari touché dans son amour-propre pose toute une série de questions à son épouse adultère. Qui est cet amant ? Quelle est son identité ? Et l’intimité avec lui, que lui a-t-elle apportée de plus ? Delvin tente ainsi de tracer un cadre dans les retors contours de l’esprit de Rebecca, cette dernière n’étant toutefois pas disposée à répondre de manière précise.

De ce dialogue désaccordé, Rebecca va se lancer dans une série de digressions troublantes. La réalité se confond ainsi avec avec l’imaginaire, laissant apparaître les tourments et les troubles d’une époque tragique à travers la pensée de cette femme. Toute la subtilité de la pièce est ainsi magnifiquement incarnée, laissant au spectateur la libre interprétation de ce qui relève de la réalité ou du fantasme.

© NNDUARA MEAS/Service de presse

© NNDUARA MEAS/Service de presse

« J’avais une quinzaine d’années à la fin de la guerre ; Je pouvais écouter, entendre et tirer mes conclusions, aussi ces images d’horreur, cette illustration de l’inhumanité de l’Homme envers l’Homme ont elles laissé une impression très forte dans mon esprit de jeune homme. En réalité, elles m’ont accompagné toute ma vie. » Harold Pinter

En écrivant cette pièce, Harold Pinter n’a pas pris comme point de départ l’Allemagne nazie. Il a fait le choix de documenter en quelques sortes l’horreur, l’inimaginable. Comment parler de la Shoah ? Comment faire pour transmettre cette mémoire ? L’auteur, Prix Nobel de littérature en 2005, a ainsi pris le parti de l’expiation collective à travers les images. Rebecca est hantée par cette mémoire qu’elle transmet au spectateur. En nous racontant ce récit, elle nous fait voyager dans l’abîme et au fond peu importe de savoir dénouer le fil de ce qu’elle imagine ou de ce qu’elle a réellement vécu. Point d’évidences ici ni de routes toutes tracées, voilà ce qui constitue le corps et la force de cette œuvre. Une expérience du théâtre qui ouvre des perspectives et qui laisse toute sa place à la démarche introspective.

La mise en scène, élégante et soignée, est un bel écrin pour le jeu des deux comédiens. Carole Bouquet, resplendissante, offre un personnage tout en finesse à la pudeur délicate. Difficile de ne pas être interpellé par l’élégance toute naturelle dans la posture de cette comédienne, toujours impeccablement droite et posée. Elle passe ainsi de la rigidité mentale, qui empêche le corps de s’exprimer tout en torturant sa couverture en cachemire, à la subtile expression des souvenirs douloureux d’une époque. Le refus de l’intimité avec ce mari qu’elle n’aime plus  par le verrouillage complet des sentiments peut alors voler en éclat, pour le plus grand plaisir de tout amateur de grand théâtre.

 Texte: Oscar Ferreira

À voir au Théâtre le Poche jusqu’au 7 juin.