Si je t’attrape, je te mort!

Uptown Geneva, le 15 mars 2015

« Je vous remercie pour votre accueil ! Non, parce que d’habitude, les gens sont plus… froids. » (La Mort)

L’exécution est édénique, révélée par une trinité humoristique sans faille : Sophie Legrand dans le rôle de Caroline, Julien Gaetner dans la peau de Franck et, enfin, Yan Richard interprétant une phénoménale Faucheuse !

Dans cette pièce, pas le temps de s’endormir ! Les éternelles disputes qui se jouent entre la femme et l’homme tentent, pourtant, de se cristalliser par un morcellement de l’espace. Mais très vite, c’est au-delà des frontières et des morsures du temps qu’il faut réapprendre à communiquer. La compréhension de l’autre est mise à rude épreuve, surtout lorsque tel un ultime supplice, l’apparition d’un troisième et mystérieux personnage se fait au cœur du tumulte. Celui-ci est un peu faux jeton, mais tombe à pic pour tenter, peut-être en vain, de désamorcer cette situation mortifiante !

Et voici le moment de prendre garde à vous, car vous pourriez bien mourir de rire ! S’adressant au public par des références « mélomaniaques » ou publicitaires, l’être surnaturel provoque l’hilarité la plus complète dans la salle. Prononçant son moratoire en faveur d’un amour sensible, il délivre un humour parfois sombre, mais toujours libéré. De son côté, le couple moribond se trouve condamné à subir ses humeurs mortifères, les remords peinant à poindre.

Puis soudain, la Mort fait un faux pas, se « gaufre » alors que cela n’était pas prévu ! Qu’à cela ne tienne, voici une belle chute parmi d’autres ! Composant sur le vif un irrésistible cadavre exquis, les comédiens rebondissent et se moquent de l’invité, dans un nouveau grand voyage au pays de la franche rigolade ! Mais gare au tournant, puisque le redoutable intermédiaire sait figer les corps, transformant les « trompe-la-mort » en victimes de ses caprices ! Qui, dans cette farce morale, cédera d’abord à l’autre ?

Pour cette pièce mordante, ne retenons finalement qu’un seul qualificatif : mortel !

Si je t’attrape, je te MORT ! à voir jusqu’au 28 mars 2015 !

Et jusqu’au 30 mars 2015, avec les mêmes acteurs : Le mariage nuit gravement à la santé

 Texte: Michael K.

La Ruée vers l’or

Dans le cadre de sa saison 2014-2015, la Haute École de Musique de Lausanne donne vie au « Flon autrement », dans une série de cinq concerts conviviaux dédiés à la découverte. Le 7 mars, les jeunes musiciens de l’orchestre ont interprété en live la musique de “La Ruée vers l’or”.

Que de talents pour un seul spectacle. D’abord Chaplin, qui ne se contentait pas d’être acteur, scénariste et réalisateur, mais composait également la plupart du temps la musique de ses films lui-même ! Il donnait ainsi à cette dernière plus qu’un rôle d’accompagnement, elle était protagoniste du spectacle. C’est le cas pour “La Ruée vers l’or », dont les thèmes expressifs communiquent tour à tour l’amour de Charlot pour la belle Georgia, le danger imminent ou encore la gêne. Sans oublier le ‘mickeymousing’ très efficace des instruments qui se transforment en coup de feu pour nous faire sursauter, en hoquet pour nous faire rire lorsque Charlot avale une bougie. Pour que cela fonctionne, il faut bien-sûr un timing parfait, défi relevé par le directeur Maxime Pitois.

Ruee

Le film que l’on a pu voir est une restauration de la version originale de 1925, avec les intertitres. Lorsque les musiciens entrent, qu’ils commencent à jouer et que le titre apparaît, je suis émue. Ils jouent magnifiquement bien, et parfois on oublie qu’ils sont là, la musique semble appartenir directement à l’histoire. Dire qu’il y a près d’un siècle, le public allait voir ce film ainsi, accompagné de musique live. Est-ce qu’une fille allait seule au cinéma à cette époque ? Sûrement pas. Le public ne porte pas non plus de guêtres blanches ni de coupe à la garçonne. Mais ce qui doit subsister du siècle passé, c’est la vive réaction : on rit beaucoup ! Un petit garçon crie même “il faut qu’ils sortent !“ lors de la scène incroyable où la cabane qui abrite Charlot et Big Jim est en équilibre au bord de la falaise. Et au moment du baiser final et à l’apparition des deux petits mots éternels, un “oooh“ attendri clôt cette belle représentation.

Le 21 mars aura lieu le dernier concert du programme “Le Flon autrement“ : le résultat de la rencontre entre les étudiants de l’École et l’Erik Truffat Quartet, destinée à travailler le jeu en groupe.

Texte : Katia Meylan

Nolosé… Yo tampoco

Composé de sept musiciens et de trois chanteuses, Nolosé s’est produit jeudi soir au D! Club de Lausanne. Attendu par un public désireux de voyager jusqu’à la Havane, le jazz band helvético-sud-américain accueillait pour l’occasion deux musiciens new-yorkais : Hector Martignon et Christos Rafalides.

Nolosé, ce sont trois chanteuses à voix portantes, et sept musiciens — conguero, bassiste, batteur, pianiste, flûtiste, tromboniste et trompettiste. Ce cocktail explosif issu du conservatoire de Lausanne se caractérise par ses rythmes jazzy et sa salsa urbaine. Mais jeudi soir, l’explosion de la Terre promise cubaine n’a pas eu lieu.

Face à un public timide et distant, Nolosé a pu compter sur le renfort de deux grands jazzmen new-yorkais : Hector Martignon au synthé et Christos Rafalides au vibraphone. Pendant plus d’une heure et demie, les deux artistes ont joué et improvisé de façon remarquable, accompagnés par les musiciens et les chanteuses du groupe. Au cours des morceaux, les spectateurs ont approché la scène et entamé des pas de danse épars.

Photo: Caroline Penzes

Photo: Caroline Penzes

Indissociable du jazz, l’improvisation nous entraîne dans l’imaginaire du musicien qui, dans un accès de spontanéité, laisse parler son instrument. Pourtant, c’est cette valeur ajoutée qui a semblé perturber l’harmonie du groupe. Ce soir là, les envolées successives des musiciens de la Grosse Pomme, entremêlées au tempo latino, ont paru déstabiliser les chanteuses. De fait, elles se sont perdues dans le rythme et les paroles.

Une des chanteuses s’est même adressée au public: « Avez-vous déjà entendu un mélange étrange comme celui-ci ? ». La foule est restée de marbre, alors que le groupe devait s’attendre à une émotion mêlant surprise et délectation. Que s’est-il passé ? « Nolosé », je ne le sais pas. « Y nosotros tampoco », et nous non plus.

La bonne volonté et le potentiel des artistes n’ont pas suffi : le voyage n’a pas été celui pour lequel le public s’était embarqué. En effet, malgré l’enthousiasme des couples sur la piste, les changements incessants de tempo ont rendu chaque pas de danse difficile, à l’exception de deux morceaux, à la fin du concert, qui ont entraîné cavaliers et cavalières sur des rythmes salseros. Ajouté à cela, un jeu de lumière quelque peu agressif et un ingénieur du son souvent excessivement généreux ont contribué à rendre le concert trop peu agréable pour les yeux et les oreilles. Quel dommage !

Texte : Caroline Penzes

LOU au CPO

Côté public, on se serre un peu, la salle est plus que comble et rétrospectivement je suis bien contente qu’on m’y ait trouvé une petite place. Côté scène règne un désordre sépia dans une lumière tamisée, halo plus fort au centre projetant des ombres parfois douces et parfois incisives sur tout le reste.

Lou (Rita Gay) raconte son mariage jamais consommé Photo: Mercedes Riedy

Lou (Rita Gay) raconte son mariage jamais consommé
Photo: Mercedes Riedy

Passé la porte de la salle du Centre Pluriculturel d’Ouchy, on entre dans une fin de dix-neuvième siècle qui n’est poussiéreuse qu’au premier sens du terme. Un piano à queue sur la droite, des plantes dans le fond, des lits et des malles sur la gauche, des manuscrits, de vieux micros devant et des plus modernes accrochés un peu partout au plafond, des fils qui trainent par terre que personne n’a cherché à cacher, ajoutant au désordre ambiant. Un piano électrique est en fait posé sur le clavier du piano à queue. En cela et en d’autres choses, la Compagnie de l’ovale ramène à nous l’époque des grands philosophes.

Ce « cabaret théâtral et déchanté » nous donne une version de la vie de Lou Andreas Salomé, femme libre et intellectuelle à la soif de savoir, encore trop méconnue par rapport aux hommes dont elle a été la muse, l’élève, la sœur de pensée. Ainsi elle correspondait avec les plus grands de son époque, dont la majorité étaient fous d’elle. Les comédiens nous les rendent sympathiques et humains, avec leurs bizarreries et leurs faiblesses devant une femme, tout philosophes qu’ils soient. Nietzsche, campé par Thierry Romanens, est pompeux et sûr de lui. Il « convoite cette sorte d’âme » pour ses « projets dans les dix prochaines années »… mais ne se maîtrise plus lorsque Lou se refuse à lui, et se lance dans une tirade qui passe de l’éloge à la rage en quelques gestes. Pascal Rinaldi, en plus d’avoir composé les onze chansons de la pièce et d’être derrière plusieurs instruments (dont la scie musicale!), interprète le poète Rainer Maria Rilke, premier amant de Lou. Quant à Denis Alber, il joue du baryton et un petit Freud saccadé qui ne manque pas de déclencher l’hilarité en avouant qu’il souhaite parfois écouter sa petite voix intérieure qui lui souffle « Sigy lâche-toi ».

J’ai eu l’impression que certaines chansons, illustrant simplement un trait de caractère d’un personnage ou une situation, faisaient un peu « comédie musicale » sans amener quelque chose de plus. Mais d’autres, et particulièrement « Sigy lâche-toi », contiennent toute l’énergie des acteurs, une impression de spontanéité et un texte dont le spectateur se délecte. Les comédiens sont des artistes complets et nous font passer une excellente heure et demie en 1900!

Le spectacle remporte un grand succès, votre dernière chance de le voir au CPO est dimanche 8 mars à 14h30!

http://www.cpo-ouchy.ch/dynpages/programme.cfm#.VPmFxCxMfuc

Texte: Katia Meylan

12e édition du Cully Classique

La conférence de presse du Cully Classique nous offre un avant-goût prometteur du programme de cette année qui aura lieu du 19 au 28 juin 2015: après la présentation des grandes lignes du festival, des invités et des nouveautés, Joachim Carr interprète au piano dans le Steinway Hall Hugh Musique la « Sonata Reminiscenza » de Medtner, puis l’ »Arabeske » de Schumann.

Joachim Carr et Jean-Christophe de Vries Photo: Sabrina Maniscalco

Joachim Carr et Jean-Christophe de Vries
Photo: Sabrina Maniscalco

Le pianiste norvégien a été sacré Coup de cœur l’année dernière par le sponsor principal Piguet Galand récompensant un artiste dans la catégorie « Découverte », et il revient cette année avec ces deux compositeurs présentés lors de la conférence de presse. Il jouera le 19 juin dans le cadre des Nocturne la même sonate de Medtner, « Davidsbündlertänze » de Schumann, ainsi que le « Concerto en ré mineur » de Bach.

Les Nocturnes dans l’église Notre-Dame sont éclairés à la bougie de manière spectaculaire par les créations du gai de la cathédrale de Lausanne, dont les illuminations ont déjà leur renommée hors de nos frontières. Propre au Cully Classique, cette série de concerts fait ressentir au public une émotion particulière, comme un privilège d’être là.

Pour ce qu’il en est du reste du programme, le thème a été présenté au début de la conférence par le président Jean-Claude Givel, et l' »Impromptu » surgira donc cet été à Cully. Un impromptu c’est un genre de composition qui apparait avec le piano au début dix-huitième siècle, principalement écrit pour ce dernier. Bref, composé sur le vif, pour une amante peut-être, il transmet un élan romantique, une humeur. Le directeur Jean-Christophe de Vries nous annonce toutefois une programmation qui rendra justice à l’étendue des compositions pour piano. On retrouvera des miniatures mais aussi des écritures millimétrés, « travaillées des heures durant pour trouver LA note parfaite ». Le festival sera également impromptu par ses artistes; Piotr Anderszewski jouera pour l’ouverture du 19 juin un programme qu’il livrera sur le moment. Des élèves de L’École nationale de théâtre du Canada amèneront directement la présentation du festival au public dans les rues de Cully. Le Carrefour des Étudiants, présenté par Nancy Rieben, hétéroclite et international, regorgera de projets impromptus mêlant musicologie et musique, théâtre, communication et encore d’autres domaines au festival OFF.

Le Cully Classique, souhaitant se rendre accessible à tous, présente un festival OFF au bord du lac, avec près de trente concerts-apéros et concerts du soir, alternants entre musique classique, musique actuelle et musique du monde.

Les concerts du festival IN seront enregistrés par Espace 2, qui aura également son émission « Cully-plage » accueillant artistes et personnalités au soleil – c’est en tout cas ce qu’on leur souhaite! – tout au long des neuf jours de festival.

Pour plus d’infos sur le programme sorti hier: http://www.cullyclassique.ch/

Texte: Katia Meylan

Ambiance énigmatique au théâtre Alchimic

« Jusqu’à ce que la mort nous sépare » nous plonge dans un cadre sobre et floral. Du bruit des vagues aux accords d’un violon,  les personnages se retrouvent endeuillés dans un salon.

Manipulation et Mensonge sont les deux mots clés de cette pièce effrayante. Sans savoir si le jeu en vaut la chandelle, ils s’enlisent par peur de déshonneur et de rejet. Les trois acteurs complices finissent par savoir ce que l’on cache aux autres et à eux-mêmes.

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Très porté sur l’image qu’ils projettent sur les autres, ils ont plus d’un tour dans leur sac pour renaître des séparations vécues depuis leurs plus tendres enfances.  La « Love Story » mise en place par un malentendu donnera naissance à un enfant. Cet équilibre de couple ne sera que la consécration de deux personnes qui n’arrivent plus à s’entendre.

Nostalgique du temps passé et faisant revivre quelques flashbacks, nous naviguons avec les personnages de séparations en séparations ; de notre tendre enfance à l’âge adulte, de l’âge adulte à l’âge de la sagesse. Les fleurs, mises en avant à plusieurs reprises tout au long de cette pièce, nous entourent à chaque étape de la vie, à notre naissance, à nos divers anniversaires, à notre mariage, et même à notre mort.

Aussi surprenant que cela en parait, et contredisant le titre de la pièce, la mort soudera finalement cette famille qui jusque-là n’arrivait pas à se parler, dommage qu’il fasse en arriver à ce point-là pour comprendre ce vaudeville whoodyallenien.

A découvrir jusqu’au 15 mars au Théâtre Alchimic, 10 rue industrielle à Carouge. Avec Nicole Bachmann, Rachel Cathoud et Daniel Vouillamoz.

Texte: Jenny Raymonde

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