Les trois petits cochons

“On est les trois petits enfants

Plus malins que les trois p’tits cochons,

Même sans queue en tire-bouchon,

Même sans queue en tire-bouchon ! “

Photo : Pénélope Henriod

Photo : Pénélope Henriod

Le public du Petit Théâtre se tait progressivement en entendant les premiers quatre vers de la chanson, et toutes les têtes se tournent pour voir d’où proviennent les voix. Nous sommes encore en train d’attendre dans le hall, et le spectacle commence déjà. Lorsque le niveau sonore est suffisamment descendu pour laisser entendre les paroles, certains s’interrogent. Trois petits enfants ? Ce ne sont pas des cochons ? Les quatre acteurs traversent le hall et nous ouvrent les portes. L’une dans une charmante robe, les trois autres habillés en culotte courte.

On apprend vite que les héros de notre histoire seront ces trois-là ; l’aîné plus raisonnable, la fillette un peu garçon manqué et le petit peureux. “Les trois petits cochons“ est leur histoire favorite et ils rêvent de partir en vacances sur l’île du Lard pour rencontrer le loup. Ils sont sûrs d’être plus malin que lui, puisqu’ils ont déjà lu la fin ! Leur maman les laisse partir seul, et ils deviennent ainsi acteurs et narrateurs de leur propre voyage.

Dans un décor mobile qui fait son petit effet, les enfants partent en avion, montent leur maison de paille, rencontrent un vieux loup tout décati qui ne semble pas très motivé à les manger. Ils construisent ensuite leur maison de bois en clouant et transportant des planches au rythme de la bande sonore. Puis le loup, en pétant très fort –oui, de nombreuses choses nous rappellent que c’est un spectacle destiné aux enfants, qui sont d’ailleurs morts de rire- mincit d’un coup, rajeunit et… redevient méchant ! Les enfants commencent à avoir peur, et construisent la maison de brique, qui est en fait le décor initial, leur maison. Ils réalisent peu à peu que le loup, même s’il leur fait très peur, a les mêmes pantoufles que leur maman… le même parfum que leur maman…

En tant que spectateur, on ne sait pas quoi penser de cette dernière. Elle semble superficielle, beaucoup plus femme que mère et presque inquiétante, avec une voix et une robe séductrices. Pourtant, tout en disant qu’elle n’a pas de temps pour partir en vacances avec ses enfants, elle a su les faire voyager au pays de leur histoire préférée…

Vous pouvez encore aller voir la compagnie Champs d’action les 18, 21 ou 22 février à Lausanne, ou alors lors de leur tournée jusqu’en avril à Monthey, Yverdon, Gland ou Thonon.

Texte : Katia Meylan

Porgy & Bess

Le New York Harlem Theatre magnétise le Grand Théâtre depuis le 13 février avec les mélodies chaudes et colorées du célèbre Opéra américain folklorique Porgy & Bess.

C’est avec beaucoup d’enthousiasme et une grande curiosité que la foule genevoise se presse dans les rangées bondées du Grand Théâtre, le vendredi 13 février lors de la première de l’Opéra “Porgy & Bess”. Si les accoutumés de la salle sont plutôt habitués aux opéras classiques européens, le spectacle nous plonge dès les premières notes dans une atmosphère jazz afro-américain typique de Caroline du Sud.

STAGIONE LIRICA 2011-2012 Teatro di San Carlo THE GERSHWINS’

En effet, la trame nous fait découvrir les habitants du village de Catfish Row, où les anciennes maisons coloniales sont désormais occupées par une communauté afro-américaine. Le train-train joyeux de ces habitants est soudainement brisé lorsque Crow, un jeune drogué en marge de la société, s’emporte après une partie de dés et tue l’un de ses adversaires. Son amie, la sulfureuse Bess, trouve alors refuge chez Porgy, un mendiant handicapé secrètement amoureux d’elle. Le fil de l’histoire suit cette étonnante rencontre et les nombreux évènements, heureux et funestes, qui lui succèdent.

Créé en 1935 à l’Alvin Theatre de New York, ce spectacle est le premier “American Folk Opera”, un melting pot s’inspirant tant de l’univers lyrique classique que des sons typiques afro-américains. Son auteur, George Gershwin, fils d’immigrés juifs qui grandit à Harlem, s’intéresse depuis son enfance aux ragtime, blues et jazz. Lorsqu’il découvre en 1925 le roman “Porgy” de DuBose Hayward, il retrouve immédiatement derrière ces mots la musique qui lui est chère et décide alors de créer un opéra qui ne serait joué que par des acteurs afro-américains. À ses débuts dénoncé pour des caractères jugés racistes (les personnages étant très caricaturés), cet opéra devînt célèbre durant la deuxième moitié du XXe siècle et nombre de ses titres font aujourd’hui partis du registre standard jazz, tel que l’incontournable “Sommertime”.

STAGIONE LIRICA 2011-2012 Teatro di San Carlo THE GERSHWINS’

Dirigée par William Barkhymer et mise en scène par Baayork Lee, la pièce nous enchante par son dynamisme, ses sons jazz puissants ainsi que ses décors folkloriques : la troupe du New York Harlem Theatre évolue au milieu d’anciennes maisons coloniales en bois, qui forment le village de Catfish Row. Les danses, plus entraînantes les unes que les autres, sont mises en exergue par le grand nombre d’acteurs sur scène (plus d’une trentaine par moment !) et proposent des effets sympathiques, tels que l’effet de groupe “figé” lorsque Porgy chante. Opéra résolument lyrique, il mêle avec succès la musique jazz et les chœurs typiques des églises afro-américaines, le tout parsemé d’humour malgré les nombreuses tragédies de l’histoire.

Venez rire et pleurer aux sons afro-américains de ce célèbre Opéra, jusqu’au 24 février au Grand Théâtre.

Texte : Aurélie Quirion

Humain trop humain

Vendredi 6 février, théâtre 2.21 à Lausanne, 21h. La scène, plongée dans la pénombre, déborde de câbles, de pédales, d’instruments en tous genres.  Depuis son ordinateur, le bassiste Timothy Verdesca, converti pour l’occasion en informaticien-musicien, enclenche depuis son ordinateur le « souffle vital », un bourdon qui traversera l’ensemble de la prestation. Le moment de la naissance est arrivé, et celui du début de « Humain trop humain »…

Ce projet singulier est celui du pianiste David Tixier. Joué pour la première fois en juillet 2014 dans le cadre de son travail de master à la HEMU de Lausanne, il revient au 2.21 pour une deuxième version augmentée, quasiment doublée.  Il passe ainsi de quatre à sept pièces, avec des interstices rajoutés. S’il est le principal compositeur, certains morceaux ont été co-composés avec les excellents invités qui jalonnent ce voyage musical et philosophique: Jacques Beaud (vocoder), Vinz Vonlanthen (guitare) Francis Stoessel (batterie) et William Jacquemet (trombone).

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« Humain trop humain » est sous-titré « Le périple d’un cycle », celui d’un individu qui se confronte à la société. D’abord mouton insouciant, il se rebelle et part à la recherche d’une nouvelle voie. Ce parcours est en parti celui, personnel, de David Tixier, qui a été très marqué par la lecture de Nietzche à qui il a d’ailleurs emprunté le titre d’une œuvre pour le spectacle. Au milieu du set, une voix s’élève de la salle. La comédienne Géraldine Dupla, dans un monologue, dit son incompréhension, s’interroge sur nos références, exprime son besoin de liberté. Un cri essentiel qui permet aux musiciens de respirer, et au public de poser quelques balises sur ce chemin spirituel. Mais l’idée d’imposer une vision est loin du pianiste, qui laisse plutôt l’auditeur se faire bercer ou secouer par ses compositions.

Et on se laisse embarquer… Ballades expérimentales ou improvisations endiablées, mélodies dépouillées ou multiplications d’effets, l’univers musical de David Tixier est assez riche et éclectique pour ne jamais lasser l’oreille. On pourrait être dérouté par le manque de repères, et pourtant c’est le contraire, comme une errance nécessaire et surprenante. Il manque peut-être à ce spectacle une véritable mise en scène, plus resserrée et visuelle, afin de mieux mettre en valeur le propos de la musique.  On se suspend au souffle lyrique de Jacques Baud, on s’agrippe aux cordes de Vinz Vonlanthen, on se réchauffe aux notes de William Jacquemet, on se délecte de la dextérité de Francis Stoessel. Par moment, le piano seul et nu resurgit, tel un moment de grâce. Il faut aussi souligner le travail de la technique du théâtre 2.21, le jeu des lumières offre de magnifiques ambiances et pourrait être considéré comme un instrument à part entière.

Présenté pour deux dates au Théâtre 2.21, ce projet est pensé dans une évolution constante, au gré du parcours musical et intellectuel de David Tixier. « Humain trop humain » devrait trouver donc d’autres territoires à explorer, et que le public pourra découvrir, un jour, sur l’une des scènes de l’arc lémanique.

http://humaintrophumainmusic.tumblr.com/

Texte: Marie-Sophie Péclard

Nisennenmondai

Festival Antigel à Genève, le 8 février 2015

« We are Nisennenmondai. » [Nous sommes Nisennenmondai.] (Masako)

@ DR

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…Et tout est dit.

Car si d’aucuns cherchent à qualifier la musique de ce groupe, tantôt rapprochée du « post-punk », tantôt simplement définie comme étant « expérimentale », et que l’adjectif « supersonique » semble effectivement faire écho au genre, la tentative peut pourtant sembler peine perdue ; pourquoi chercher ailleurs, lorsque tout est dans le titre ?

Nisennenmondai ou le « Bug de l’an 2000 » est un groupe créé en 1999 et se compose d’un trio de talentueuses japonaises : Yuri Zaikawa à la basse, Sayaka Himeno à la batterie, Masako Takada à la guitare. Ce soir-là, c’est l’association cave12 qui a décidé de les héberger, dans leur antre située sous l’HEPIA de Genève.

A l’entrée, il a tout d’abord fallu se frayer un chemin entre les fumeurs, puis une fois à l’intérieur, l’idée de commander une boisson au bar a dû être abandonnée, faute d’attention. Mais heureusement, quelques minutes ont suffi à contrebalancer cette arrivée sur place en demi-teinte, à peine le temps que les artistes accordent leurs instruments avant d’épater l’audience !

Zai ouvre la marche à gauche, rapide et précise, droite et régulière. Durant tout le concert elle forcera le respect par sa rythmique, presque parfaitement soutenue. Derrière au centre, Hime met le feu, agitant tout son corps tandis qu’elle bat la chamade sans jamais capituler. Elle est si pleine de ferveur que ses cheveux, oscillant tel un métronome dopé, semblent prêt à tout moment à se prendre dans ses baguettes ! Enfin Masako, calme et concentrée, se fait à droite plus discrète sur scène, mais sûrement pas dans les morceaux ! Car, ne se contentant pas de jouer de sa guitare de manière conventionnelle, elle utilise tout un appareillage couplé à son instrument qui lui permet de faire appel à une gigantesque panoplie de sons.

Aussitôt le prélude achevé, l’ambiance est au rendez-vous et l’assemblée est prise de mouvements frénétiques. Au début sans y prendre garde, le plus gros du groupe se laisse simplement aller à ses sensations. Mais profitant d’un éclair d’inattention, ne pourrait-on se surprendre à observer et à raisonner sur cette masse dynamique ? Scrutant les ombres, une question saugrenue peut soudain apparaître : est-ce que dans cette cave se tiendrait en réalité un rassemblement de zombies qui, pris de convulsions, seraient si bien entraînés dans cette danse incontrôlable qu’ils en oublieraient de garder leur part d’humanité ? Sourire… Et reprise de plus belle, car ce sont les vibrations incroyables crées en cet endroit qui parcourent le corps et l’esprit du spectateur, reconnaissant le génie des artistes. Les ondes soufflent alors comme un vent de folie sur le visage et rafraîchissent, dans cette chaude atmosphère.

Riche et mémorable expérience.

Texte : Michael K.

Le Roi Lear à la Comédie : splendeurs et décadences des rapports familiaux

Le grand classique de William Shakespeare, mis en scène par Hervé Loichemol, est une pièce foisonnante qui évoque la complexité des relations familiales et de la transmission.

Photo : Marc Vanappelghem

Photo : Marc Vanappelghem

Il n’est pas aisé de raconter l’œuvre-fleuve de Shakespeare, tant le bouleversement des éléments à disposition est une constante qui s’écrit tout au long de la pièce. Ce qui peut sembler simple au départ – un vieux roi souhaite que ses dernières volontés soient accomplies par anticipation et partage son royaume entre ses trois filles – nous entraîne dans un tourbillon fait de rebondissements et de retournements de situation.

C’est accompagné d’un fond sonore étrange et grinçant que le roi Lear entre en scène dans le célèbre acte I, accompagné de ses filles et des autres protagonistes. L’échiquier est en place, les pièces avancent petit-à-petit. À ce moment précis, le spectateur distingue comment l’équilibre des pouvoirs va se construire et qui va entraîner les bouleversements dans ces relations familiales.

Deux intrigues s’en suivront, celle du roi Lear et de ses filles ainsi que la bataille de Gloucester et de ses fils. Dans les deux cas, c’est de rupture des liens familiaux qu’il s’agit. La famille nucléaire, noyau dur fictif qui protège artificiellement par les convenances et l’étiquette, vole en éclats dans un mouvement de spirale dont aucun des personnages ne sortira indemne.

La mise en scène de Monsieur Loichemol marie dans un bon équilibre des éléments de modernité vestimentaire avec un texte on ne peut plus classique. Ce contraste, porté par des effets scéniques intéressants et modernes, ne parvient néanmoins pas à dissiper quelques maladresses et le jeu peu convainquant de certains des comédiens. Si l’on retrouve avec surprise Brigitte Rosset dans une interprétation plus que convaincante de la perfide Regane, c’est avec plus de circonspection que l’on verra évoluer un Roi Lear en demi-teinte et peu convaincu accompagné d’une Goneril franchement agaçante et surjouée.

Au final, ces contrastes et ces déséquilibres dans le jeu offrent à la pièce une évolution incertaine et pleine de doutes qui donnent du plomb dans l’aile à l’ensemble. Prenons à titre d’exemple la scène de la tempête, un peu grossière avec des comédiens en décalage et peu convaincants.

Sur une note positive, les formidables Cordélia (et le fou alter-égo) et Edgar, très bien interprétés par les comédiens Camille Figuereo et Frank Arnaudon, savent tirer leur épingle du jeu avec un jeu fluide et une excellente présence scénique qui rééquilibre un tant soit peu la perplexité ressentie.

Texte : Oscar Ferreira

« L’immortelle » De Geny Laffitte

Article paru sur le site Plumes Genevoises

C’est une gageure, ce roman on le manipule avec circonspection, il faut dire que la lecture est intrigante, le phrasé court, ponctué.

L’invraisemblable dans le vraisemblable- on nous invite à l’ultime frisson.

Imbriqué dans la danse du suspens, entre un kidnapping et un attentat sans pour autant entrer dans le pathos ni le tragique.On y décèle l’au-delà qui nous parle et se fait entendre. Il s’agit d’un rendez-vous avec l’ailleurs.Le futur devient au galop déjà du passé. La souplesse des dialogues, la dureté de l’expressionse nuance petit à petit et on commence à comprendre que prévoir est nécessaire, et ressentir aussi.

Alaïss le personnage principal est son propre miroir, elle part en croisade au secours des autres un peu aussi d’elle-même, transcendée par la voix invisible qui la guide. L’épreuve est ardue, semée d’embûches, mais essentielle-au service de ses propres croyances-sans jugement aucun. Elle nous invite à se reconnaître dans nos faiblesses, nos forces. Pour s’y confondre au plus profond de nous. Et si cela pourrait m’arriver, quelle serait ma réaction ?

L’enchaînement de l’histoire c’est de l’adrénaline qui se partage.

Alaïss est happée par les conséquences et défend ses droits  à l’ingérence.

A l’amour inconditionnel, à ses limites à ne pas franchir, l’enseignement salvateur et ne dira jamais « C’est impossible ». La complicité, l’amour joue un grand rôle dans sa quête de spiritualité.

L’audace de courir, de sauter, de croire, de glisser, de combattre et enfin de survivre. Pour la rédemption – sa rédemption.

Texte: Isabella Coda-Bompiani

Référence: Jenny Laffitte, Alaïss, L’immortelle, ed. Pierre Philippe, 2012.

L’Association Plumes Genevoises prend le parti de l’art et de la culture et est désireuse de promouvoir et de soutenir les artistes du canton de Genève. 

Jenny Laffite

Jenny Laffitte