Barbe bleue, espoir des femmes : Est – ce que tu m’aimes autant que je t’aime ?

Henri, sans barbe, allongé sur le banc, épuisé par ses pensées les plus profondes recherche la « Femme » qui deviendra sa Cendrillon d’après le conte de Charles Perrault.

Les apparitions de son propre miroir entendues comme une voix venant du ciel lui fait prendre conscience de son vrai visage.  Cette voix synchronisée avec Henri donne une version originale à cette allégorie. Nous aimerions tous avoir cette voix intérieure confiante pour nous aider à prendre de la distance face aux actions entreprises quotidiennement.

Bien que l’amour ignore le temps, de jour comme de nuit, cette situation semble longue pour lui. Avec un jeu de décor fait de glaces et son ombre qui le suit partout, il a du mal à avancer vers un futur meilleur que tout le monde lui souhaite. Dans son labyrinthe qu’il a construit, il se risque à plusieurs reprises de discuter avec la gente féminin avec la secrète intention de désirer rencontrer quelqu’un qui pourrait lui faire battre son cœur à la folie.

Ces femmes sont prêtes à tout pour le rendre heureux, comme si le simple fait d’être accompagné de lui, pourraient enfin leurs permettent à chacun de dévoiler le meilleur d’eux-mêmes. Nous assistons ainsi à un véritable défilé de femmes, les unes aussi intéressantes que les autres, avec le même objectif de conquérir le cœur de « Barbe Bleue ».

Au-delà des déclarations qu’on peut lui faire et aussi démesurées qu’elles prennent forme, son passé le rattrape au moment où il s’y attend le moins, porté par un lourd poids impossible à déplacer. Henri désespéré et désespérant, refait inlassablement les mêmes faux pas jusqu’au point de non-retour.

Finalement, aucun mot ne le consolera de cette vie tiède qu’il mène et pas un geste ne lui permettra de faire tomber les murs de sa triste existence, même si l’espoir meurt en dernier !

A découvrir jusqu’au 25 janvier au Théâtre Alchimic, 10 rue industrielle à Carouge.

Photo : Alan Humerose

Photo : Alan Humerose

Texte : Jenny Raymonde

Le Petit Prince

Adapter l’un des plus grands classiques de la littérature enfantine à l’Opéra ? Voilà un beau challenge que vient de relever Michaël Levinas en proposant aux petits comme aux grands de (re-)découvrir l’histoire du Petit Prince dans une version lyrique !

Le Petit Prince © Marc Vanappelghem

Le Petit Prince © Marc Vanappelghem

Fidèle au conte d’Antoine de Saint-Exupéry, l’Opéra met en scène la singulière rencontre du Petit Prince, habitant d’une minuscule planète lointaine, avec un aviateur terrien perdu dans le désert saharien. Le jeune garçon lui raconte alors ses voyages sur d’autres astres et lui décrit les surprenants individus qu’il a croisés.

Malgré une entrée en matière un peu longuette où les mêmes trois phrases sont chantées sur tous les tons, le spectacle résume avec brio les préoccupations philosophiques principales soulevées dans le conte. Les émotions sont bien au rendez-vous et l’on ne peut s’empêcher de rire devant certains aspects de notre société tournés en ridicule, de frissonner d’effroi devant le serpent géant ou encore de ressentir un pincement au cœur lorsque l’aviateur comprend que son nouvel ami doit déjà s’en aller. Les comédiens évoluent au son d’une étonnante musique, parfois mélodieuse, parfois franchement dissonante. Interprétée par l’Orchestre de Chambre de Genève, cette musique est en effet soutenue de sons électriques rappelant l’univers étrange et décalé du roman. Le chant, quant à lui, se fait simple et peu varié, rendant l’opéra légèrement répétitif, mais surtout très abordable pour les plus jeunes.

La vraie force du spectacle réside surtout dans les décors et les costumes magiques et colorés, qui donnent vie à l’imaginaire de Saint-Exupéry. Grâce à un subtil jeu de projections, les paysages se transforment au gré des pérégrinations du prince, passant du désert rocailleux aux embouteillages d’une ville, tandis que les costumes permettent au même acteur de jouer à la suite un roi, un ivrogne, un allumeur de réverbères ainsi qu’un aiguilleur sans que le spectateur se rende compte du subterfuge !

Après avoir rempli la salle de l’Opéra de Lausanne en novembre dernier, Le Petit Prince éblouit les yeux du grand et du petit public genevois du 6 au 10 janvier au Bâtiment des Forces Motrices.

Texte: Aurélie Quirion