Guillaume Tell, plus vivant que jamais

Un mythe suisse complètement revisité, c’est le projet qu’a choisi Nora Granovsky pour sa nouvelle pièce « Guillaume Tell, le soulèvement », interprétée par la troupe BVZK. Originaire du nord de la France, elle a présenté sa pièce mercredi 12 novembre au théâtre Forum Meyrin face à un public qui n’est pas resté impassible.

Si la majorité des Suisses connaît la légende de Guillaume Tell, Nora Granovsky y apporte un nouveau souffle avec sa propre version. Cela se passe dans un pays comme la Suisse, la Nouvelle-Zélande ou encore le Kazakhstan. Peu importe l’endroit, pourvu qu’il y ait des sommets à conquérir et un horizon à perte de vue. Dans ce pays à la fois imaginaire et tellement familier, un peuple subit l’oppression de celui qui les gouverne, une oppression totalitaire et absurde portée à son paroxysme par le personnage de Gessler. Mais petit à petit, éveillant les consciences, un petit groupe d’opposants s’organise clandestinement pour mettre fin à ce règne intransigeant. Bien au-dessus de la mêlée vit notre héros, Guillaume Tell. Obsédé par la conquête des sommets, il observe d’en haut la lutte de ses compatriotes pour la liberté tandis qu’il tutoie les nuages. C’est pourtant lui qui mènera le combat final face à Gessler dans une scène mondialement connue, composée d’une pomme et d’une arbalète.

Photo : ©Ludovic Leleu

Photo : ©Ludovic Leleu

Mythe datant du XVème siècle, l’histoire de Guillaume Tell résonne encore aujourd’hui dans notre société, suisse ou française, et le projet de Nora Granovsky ne fait que le rendre toujours plus actuel. Avec des thèmes comme l’engagement, la résistance ou encore la solidarité, cette dimension universelle a également été relevée par les spectateurs du Forum Meyrin à la fin de la représentation lors d’un échange avec la metteure en scène. Face à ce soulèvement populaire, le personnage de Guillaume Tell surprend par son détachement et son individualisme, agissant seul et selon ses propres intérêts. Totalement indépendant, il plane au-dessus des montagnes et rien ne semble pouvoir délimiter sa liberté, encore moins la parole d’un dirigeant aussi exubérant que le personnage de Gessler. Bien qu’opposés, Nora Granovsky jongle avec la solidarité et l’individualisme qui font tous deux partis de la lutte sociale et de ce soulèvement.

Photo : ©Ludovic Leleu

Photo : ©Ludovic Leleu

Pour nous faire ressentir le souffle de la révolte, Nora Granovsky a imaginé une mise en scène qui balaye les visages et enchante les yeux. Sur scène, ce sont neufs « performeurs », et non simplement « comédiens », qui enchaînent les personnages, changent leurs costumes, jouent de la musique, chantent, dansent, se filment… Accompagnés par le musicien Braka qui a composé l’intégralité de l’habillage sonore de la pièce, ils dégagent une énergie enivrante marquée par le choix de la pluridisciplinarité. Tantôt dramatique, tantôt drôle, le jeu embarque le public d’un sentiment à un autre et marque les esprits. Avec une mise en scène originale et un jeu haut en couleurs, l’audace de la metteure en scène pour reprendre la légende de Guillaume Tell n’était pas faite pour plaire à tout le monde, surtout pour les plus helvètes d’entre nous. Mais ceux qui resteront jusqu’au tomber du rideau n’en seront que transportés.

Texte : Anne Maron

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