L’Exposition « Titanic »

Du Titanic, on connait tous, ou presque, son destin et la tragédie collective qu’il représente. L’œuvre de James Cameron l’a dépeint de manière spectaculaire et particulièrement réussie. La halle 7 de Palexpo accueille du 10 octobre au 21 décembre une exposition temporaire autour du paquebot et de son naufrage en 1912. Plongée à quatre kilomètres de profondeur dans ses couloirs.

L’initiative de Palexpo est à saluer. Accueillant pour quelques mois en son sein une exposition consacrée au célèbre navire, c’est à la halle 7 que revient l’honneur d’abriter les collections présentées. Contrairement à la manifestation organisée autour du pharaon Toutankhamon en début d’année, il s’agit ici de convoquer de véritables pièces extraites des décombres du Titanic. Un souci de réalisme et de crédibilité qui vient couronner la scénographie minutieuse de l’espace apprêté pour les visiteurs.

Mais revenons quelques instants sur le plus célèbre bateau de notre ère. Son statut de mythe moderne ne vient pas seulement du long-métrage de James Cameron. Le naufrage du Titanic a fait jour sur deux discours jusque-là marginaux en Occident : celui de la lutte des classes (Marx) et celui des dangers de la technique triomphante (Ellul, qui naquit l’année du drame). Derrière le destin collectif des centaines de voyageurs, la communauté internationale apprend à ses dépens les limites de ses présupposés implicites.

Reproduction de l'épave. RMS Titanic Inc.

Reproduction de l’épave. RMS Titanic Inc.

Au-delà de son statut, le Titanic est aussi une curiosité historique sans précédent. Pour découvrir cet épisode qui a « tout d’une fiction », selon le responsable de l’exposition, une dizaine de salles étalées sur 4000 m² est à la disposition du public. On peut aborder sa découverte par le petit bout du hublot ou à la longue-vue, sans que cela ne change rien à son intérêt. Universel, le drame du paquebot est donc aussi un peu suisse : particuliers, les destins croisés des citoyens suisses parmi les passagers permettent au visiteur de s’identifier dans leur horizon et leur quotidien à bord.

La mise en scène, dans les teintes rouges ou bleutées, se décline autour de nombreux panneaux explicatifs, de maquettes (ne manquez pas la superbe reproduction au 1/50ème du navire !), de lettres, de reconstitutions de cabines de toutes classes, de télégrammes et d’objets quotidiens arrachés à l’épave puis restaurés. Les portraits, les textes rapportés, les photos des expéditions successives et l’ambiance générale de la manifestation donnent au lieu, partiellement ressuscité, une atmosphère de sanctuaire.

Reproduction d'une cabine de 1ère classe. RMS Titanic Inc.

Reproduction d’une cabine de 1ère classe. RMS Titanic Inc.

En ce qu’elle permet de créer de l’introspection chez le spectateur grâce à la présence discrète d’une ambiance sonore et de jeux de lumières soignés, l’exposition du Titanic offre la chance de découvrir un fait historique majeur et de réfléchir un peu sur la modernité avec plus de cent années de recul.

Texte : Nicolas de Neef

Un regard incisif sur le monde de la finance

Photo: Nora Rupp

Photo: Nora Rupp

La pièce de l’économiste Frédéric Lordon  « D’un retournement l’autre » produite par la compagnie Voix Publique et mise en scène par Vincent Bonillo, est jouée actuellement au Théâtre Alchimic à Genève. Dans un décor sobre en rouge et noir, cette satyre économico-politique grinçante et décapante s’attaque au domaine de la finance et de la récente crise financière mondiale.

La pièce démarre au son des nouvelles financières en anglais et en français. Sur un canapé, trois hommes en costume sombre se trémoussent, loin de toute préoccupation, tandis qu’ils observent la frénésie de leur collègue féminine. Il se moquent, la taquinent mais elle leur apporte de mauvaises nouvelles, énoncées en alexandrins: « le prix du marché est effondré ».

Les rimes fusent : « Les produits structurés sont trop compliqués ». On sent l’inspiration de l’affaire Kerviel et des autres affaires du même type qui ont émaillé l’actualité récente des marchés financiers. Les comédiens manient avec dextérité les termes financiers (CDO, CDS, subprimes, swaps,…) et les jeux de mots sont astucieux et percutants.

L’accablement des banquiers sur le point de perdre leurs nombreux avantages fait sourire. Tout comme leur hypocrisie pour se raccrocher au seul sauveur désormais possible : l’Etat. On rit franchement lorsque le petit président français s’énerve face aux financiers venus lui annoncer la débâcle.

Au fil du spectacle, la fourberie du monde politique et financier est dévoilée. L’humour est toujours au rendez-vous, jusqu’à la fin poétique du retour à la terre et à la vraie économie, représentés par un champ de blé bucolique parsemé de coquelicots.

Une pièce qui fait réfléchir tout en permettant de passer un excellent moment !

Jusqu’au 19 octobre au Théâtre Alchimic, www.alchimic.ch

 

Texte: Sandrine Warêgne

Venez admirer les toiles de Renoir, jusqu’au 23 novembre à Martigny

Auguste Renoir au Musée Gianadda: Quand l’artiste laisse éclater la couleur        

La Fondation Gianadda propose une magnifique exposition consacrée à Auguste Renoir.

L’un des plus grands impressionnistes français, toujours perfectionniste, que ce soit pour peindre une femme, des enfants ou des fleurs, nous propose une collection de portraits et de paysages.

Renoir - Femme a l ombrelle dans un jardin Vers 1873-1875 ht 54.5 x 65 cm Museo Thyssen-Bornemisza Madrid

Renoir – Femme a l ombrelle dans un jardin Vers 1873-1875 ht 54.5 x 65 cm Museo Thyssen-Bornemisza Madrid

Parmi les œuvres présentées au public, quelques unes sont moins connues, notamment des sculptures en bronze en plus des peintures; certains regrettent que le « Bal au moulin de la Galette » ne soit pas présent…

Renoir - Grande Laveuse accroupie Bronze 127 x 124.5 x 57.7 cm Coll Fondation Pierre Gianadda

Renoir – Grande Laveuse accroupie Bronze 127 x 124.5 x 57.7 cm Coll Fondation Pierre Gianadda

Immédiatement, en parcourant les travées du musée, ce qui capte l’attention est l’éclat de la couleur et de la lumière ; Renoir a l’art de sublimer ses modèles en accentuant leurs traits de manière délicate.

La femme est un thème phare de l’œuvre de Renoir ; le public pourra notamment découvrir la « Jeune fille au chapeau noir à fleurs rouges » avec son regard franc et son visage si expressif. On devine que le modèle n’est pas professionnel et que la pose à laquelle est rajoutée un objet comme un chapeau ou bien une ombrelle est naturelle.

Renoir - Jeune fille au chapeau noir a fleurs rouges vers 1890 ht 41.3 x 32.9 Collection particulière. Photo Jean-Louis Losi

Renoir – Jeune fille au chapeau noir a fleurs rouges vers 1890 ht 41.3 x 32.9 Collection particulière. Photo Jean-Louis Losi

Renoir a le talent des grands : celui de magnifier la vie des gens et de nous en laisser la quintessence de son époque.

Texte : Marie Coosemans

« Le poids des éponges »: la fabuleuse valse aquatique de Guilherme Botelho

Représentation du 8 octobre 2014 au Théâtre de Beausobre

C’est en 2012 que Guilherme Botelho décide de retravailler cette pièce qu’il a créée avec la Cie Alias en 2003. “Le poids des éponges” est une œuvre phare de la Compagnie. A la fois drôle, festive et grave, le spectacle est toujours accueilli avec beaucoup d’enthousiasme par le public. Pour Botelho, cette recréation signifie de pouvoir amener un sujet plus loin, avec plus de finesse et de pertinence. C’est une manière de revivre une pièce en appréhendant le temps qui passe, pour lui comme pour les interprètes (entretien sur forum-meyrin.ch). Ainsi, la structure est travaillée par une distribution différente de celle d’il y a dix ans, mais l’essence de la pièce reste : surréaliste et tourmentée, l’histoire qu’elle raconte n’en est pas moins concrète.

 

En trois volets, on tourne autour de la vie d’un trio familial: le père, la mère et leur fille adolescente. Dans leur relation, c’est d’abord le conflit qui est traité, puis la complicité, et enfin les difficultés de communication. Autour d’eux, une explosion de personnages dansant, errant, tombant. Tour à tour la samba de Chico Buarque, les compositions de Dimitri Chostakovitch, et le piano version Domenico Scarlatti rythment les tableaux dépeints dans cette ébullition de mouvements. Et à la lisière de la scène, un nageur fait des longueurs de plateau sur une fine pellicule d’eau, témoin de ces tranches de vies où se mêlent évidences et mystères.

 

Photo: Grégory Batardon

Photo: Grégory Batardon

On dérape du réel vers l’onirique, comme souvent avec Botelho. Une chaise, un piano qui se déplacent seuls sur la scène, les phares d’une voiture qui apparaissent soudainement, des trombes d’eau qui s’abattent sur le plateau, et des nageurs qui pour autant plongent dans un bassin sans profondeur. Et le final, quel moment loufoque et à la fois si esthétique. Le public en est resté bouche bée! En effet, que dire quand neuf des onze interprètes se présentent en maillot de bain, prêts à plonger, et que tout à coup une cascade se met à couler du ciel, éclaboussant le premier rang?

 

On se laisse emporter par cette explosion de personnages et de chorégraphies, magnifiés par un jeu d’éclairages parfait. Le spectateur ne s’ennuie pas une seconde, tant la pièce lui réserve de surprises.

Dix ans après, le succès est toujours au rendez-vous!
Texte: Rachel Mondego

Photo: Grégory Batardon

Photo: Grégory Batardon

L’Amérique de la 2b Company

Point de larmes, dans ce « Western Dramedies », mais du rire, du bon rire. La nouvelle production de la 2b Company sent bon les grands espaces, pétille comme du Coca-Cola et fait rêver comme une bonne chanson pop. Le projet a été conçu en plateau et a laissé beaucoup de place à l’improvisation dans le processus de création. Cela se traduit sur scène par la complicité évidente et plaisante des protagonistes, campés par les très expressifs Tiphanie Bovay-Klameth, Michèle Gurtner et François Gremaud.

La pièce se découpe en saynètes, entre lesquels le musicien Samuel Pajand nourrit notre imaginaire de rythmes folk, chansons rêveuses ou nostalgiques.  Chaque scène compose des portraits d’américains typiques, folkloriques et attachants. Mais la caricature déborde avant tout de tendresse. Les trois comédiens ont entrepris, pour la création de « Western Dramedies » , un road trip sur la mythique Route 66. Ils se sont imprégnés de cette atmosphère américaine, des rencontres et d’une formidable désinvolture naïve. Ils se sont même approprié cette langue américaine, aux accents si appuyés, si exubérante dans l’exagération et la répétition.  Par ce choix de s’exprimer en anglais, l’effet comique est assuré dès les premières répliques. Les sous-titres sont projetés sur un camping-car, seul élément du décor que viennent parfois compléter quelques chaises.

Photo: Dorothée Thébert Filliger

Photo: Dorothée Thébert Filliger

Sous des aspects très décousus et un humour qui semble sorti de nulle part, l’ensemble est très bien pensé, construit avec minutie et fonctionne à merveille. Au fil des dialogues, des histoires se forment, des personnages reviennent, des clins d’œil se perdent. Et en filigrane transparait une belle ode à l’amitié et au plaisir de vivre. Divertissant et envoûtant.

Texte: Marie-Sophie Péclard

Notre “histoire à la une”

Avec cette exposition, ce sont les plus grands évènements du XXème siècle qui défilent sous nos yeux, ceux qui ont marqué le monde et qui ont contribué à le modifier. Les unes de journaux de la Collection Josep Bosch retracent en effet une partie de notre histoire, de nos difficultés et de nos avancées vus par les quotidiens de différents pays et même par des journaux clandestins français sous l’occupation, par exemple.

Rassemblés en grande partie lorsque Joseph Bosch était envoyé spécial de la presse espagnole, ce sont de ce fait plus de 10’000 journaux provenant du monde entier qui composent cette impressionante collection commencée en mai 1968. L’exposition est émouvante, la mise en scène élaborée et originale. Les journaux, à la durée de vie supposée éphémère de par leur fonction et leur support fragile, ont été restaurés et mis en relation avec les trésors intemporels de la Bodmeriana. C’est ainsi que le roman Autour de la lune de Jules Verne (1869) cotoie la une, cent ans plus tard, du 20 juillet 1969 qui rapporte ce fameux évènement qui fut “un petit pas pour [l’] homme, mais un pas de géant pour l’humanité.” À la Fondation Martin Bodmer, musée dédié à l’écrit sous toutes ses formes, les journaux de la collection Bosch ont tout naturellement trouvé leur place jusqu’au 2 novembre, s’intégrant eux aussi au concept de Weltliteratur (littérature universelle). Il est non seulement intéressant, mais également fascinant, de voir mis en lumière le dialogue entre ces deux médiums qui parfois se ressemblent et d’autres fois contrastent. Une exposition tournée à la fois vers le passé, notre passé et le présent, notre présent.

Texte: Kelly Lambiel

Photo: Naomi Wenger, Fondation Martin Bodmer

Photo: Naomi Wenger, Fondation Martin Bodmer