Le langage universel ou la force du savoir, naissance et éveil d’une pensée libre

Avec Les Demeurées, Jeanne Benameur nous invite à l’introspection et à la mise au monde d’un esprit volant de l’ignorance au savoir par la grâce d’un texte fort et subtil. Mise en scène de Didier Carrier au Théâtre Le Poche, du 16 octobre au 2 novembre 2014.

Séparation. Séparation d’un être, séparation d’un monde connu pour une plongée dans l’aventure infinie des possibles de notre existence. C’est finalement le thème qui revient en filigrane tout au long de cette pièce, la dichotomie qui frappe de plein fouet l’humanité depuis l’avènement de la civilisation, à savoir celle qui tend à commander à l’Homme de rester figé dans le douillet nid de la sécurité et de la certitude des choses connues, ou alors le choix du cheminement et de l’élévation vers l’univers par les mots et par l’esprit. La Varienne, femme rustre et sans une once de culture, élève seule sa fille Luce. Point de présence paternelle ni masculine à l’horizon, juste l’évocation pudique d’une conception sans lendemain à l’origine de laquelle naîtra cette enfant unique. Petite Luce qui sera source de tant d’amour et de fusion.

Photo: Augustin Rebetez

Photo: Augustin Rebetez

C’est donc à un évènement majeur dans les vies de ces deux êtres auquel nous sommes conviés. Craint et appréhendé par la Varienne, comme l’idiote du village qu’elle est, elle soupèse et anticipe tout évènement qui pourrait échapper à son contrôle : la rentrée scolaire pour sa Luce chérie, rentrée qui marquera quoi qu’il advienne un avant et un après dans cette relation mère-fille jusqu’alors exempte de toute interruption spatio-temporelle. Luce et sa génitrice vont devoir apprendre à se passer de l’évidence de leur confortable cocon familial pour se réinventer une vie et voguer l’une sans l’autre. Car oui ce bouleversement dans la dynamique fusionnelle va remettre en question tous les ciments de ce couple, avec son lot de résistances et d’atomes en roue libre dont nul ne sortira indemne.

Luce se découvrira élève aidée de Mademoiselle Solange, l’institutrice du village qui incarne à merveille ce rôle et cette mission que l’école de la république a à jouer : lutter avec vigueur contre cette envie profonde de rester dans l’abrutissement, et tendre une main ouverte à tous ses enfants afin de les mener aux portes du monde et de la connaissance par la lettre. Tuer le fatalisme ainsi que le déterminisme d’une condition sociale pour développer un abécédaire de remises en questions et de lumières qui développeront la liberté d’un être singulier.

Photo: Augustin Rebetez

Photo: Augustin Rebetez

C’est dans un décor aux tons neutres et parsemé d’instruments en tout genre que nous cueille la mise en scène de Didier Carrier, tout en sobriété et qui laisse une grande place à la formidable interprétation des deux comédiennes. Maria Perez et Laurence Vielle nous racontent cette histoire avec beaucoup de pudeur, de subtilité et une grande force. La musique de Béatrice Graf accompagnant de bruitages et d’effets sonores les dialogues, avec omniprésence et effacement à la fois dans un dosage mélancolique ou fracassant, discret ou trop présent par moments. La musicienne prend ainsi une place à part dans l’intrigue de sa présence scénique.

Le spectateur se laissera bercer avec une délectation toute particulière par la richesse de ce texte et la beauté de son sens, malgré une petite difficulté initiale pour entrer dans le monde et l’intimité de ces personnages dans un théâtre du Poche idéal par ce sentiment d’intimité qu’il procure et de communion vécue avec les comédiennes.

Texte: Oscar Ferreira

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