Lust (Mon Faust)

Salle Gérard-Carrat (Théâtre de Carouge), le 26 septembre 2014

« Assez, Lust ! Finissez-en, ici on ne rit pas ! » (Faust, à Lust qui rit aux éclats.)

Le metteur en scène Philippe Mentha interprète, finalement, ce célèbre personnage issu d’un mythe germanique datant du XVIème siècle et repris par le texte inachevé de Paul Valéry. L’histoire est celle d’un homme, soupçonné d’avoir pactisé avec Méphistophélès (ou pour faire simple : le diable) afin de prolonger sa vie. Faust se trouve en effet tiraillé entre son aspiration à la connaissance (dont il souhaite repousser les limites) et sa charmante secrétaire Lust, qui l’attire inexorablement vers un désir sensuel. Cette dualité de l’âme menant à l’aporie, c’est là qu’intervient celui à qui Faust a déjà pensé des milliers de fois : celui qui séduit en répandant le parfum de « la fleur la plus flatteuse à l’odorat ».

Voici, déjà, l’une des idées géniales que l’on décèle dans cette version du récit, où Emmanuelle Ramu joue son rôle plus vrai que nature. Non seulement l’insidieux être qu’elle incarne apparaît élégamment vêtu, mais ses effluves emplissent la salle dans laquelle le public « sent » arriver celui qui est « ce que l’on veut ». Autre prouesse, cette fois visuelle : dans le dernier acte de la pièce, une ombre semble nous parler au même instant que le véritable corps disparaît dans l’obscurité, dans un effet de dédoublement extrêmement efficace.

L’ambivalence des protagonistes se traduit également par le positionnement des acteurs, qui se répondent souvent d’un côté à l’autre de la scène et dont on suit parfois les dialogues presque à la manière d’un match de tennis. De plus, comme un écho, l’arrière-plan du décor y apporte aussi sa touche : en intérieur la bibliothèque aux nombreux livres s’estompe dans les ténèbres, alors que le fond du jardin donne sur des vagues se fondant en un tumulte.

« Prenez garde à l’amour ! », nous offre Maître Faust, tandis que son attirance pour Lust le consume. « Convulsion grossière ! », nous dit-on au sujet du rire. Dans ce remue-méninges, ajoutez encore nombre d’allitérations et jeux de mots sur le feu de l’enfer, ou encore références au contexte historique dans lequel rédige l’auteur, vous observez ainsi la « Lust de cristal » porter une jupe flamboyante.

Vous l’aurez compris, cette comédie est celle à la fois du détail et de la richesse. De Goethe à Valéry, prenez donc surtout le temps de vous instruire sur la chasse aux sorcières et le personnage de Faust (plusieurs activités Autour de Mon Faust sont prévues) afin de mieux appréhender un contenu pour lequel les interprétations ne manquent pas.

Lust, tiré du diptyque Mon Faust, est à voir, entendre et sentir au Théâtre de Carouge (salle Gérard-Carrat, rue Ancienne 57) du 16 septembre au 19 octobre 2014, puis au Théâtre Kléber-Méleau du 28 octobre au 16 novembre 2014.

Texte: Michael K.

Photo: Carole Parodi

Photo: Carole Parodi

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