Première des « Derniers remords avant l’oubli », au Théâtre Le Poche

DERNIERS_REMORDS©A_r#5C3517 Théâtre Le Poche, le 9 septembre 2013

« Cela n’était pas prévu et je n’ai rien préparé. […] Je n’ai rien à dire, c’est ce que je souhaite vous faire entendre. »

Le texte de Jean-Luc Lagarce revit, réanimé dans une mise en scène de Michel Kacenelenbogen. Présent dans la salle, l’artiste belge a d’ailleurs effectué un travail remarquable, de même que les acteurs. Parmi ces derniers, on citera Marie Druc, Christian Grégori ou encore Antony Mettler.

Au total, ce ne sont pas moins de six personnages qui envahissent le lieu, dès la première scène. Deux couples et un célibataire se rencontrent dans une vieille maison alors qu’ils ne se connaissent pas, ou plus. Il y a aussi la cadette de l’histoire, une adolescente de 17 ans, qui ira seule s’asseoir directement sur les marches menant au public.

Car après tout, pourquoi limiter le « terrain de jeu » aux planches, lorsque l’on peut interagir avec toute la salle de spectacle ? De même, pour ne pas se cantonner aux mouvements des corps ou aux dialogues, pourquoi ne pas faire entrer dans l’action l’inaction, voire même la projection ? Cette dernière se fera surtout dans le temps, mais aussi au mur, afin que les protagonistes puissent parfois s’exprimer sans bouger ni desserrer les lèvres.

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Partant d’un imbroglio le plus complet, on se plaît alors à observer la valse dans laquelle, tour à tour, les comédiens prennent part à des échanges animés. Les décors, à la fois sobres et soignés tel un jardin zen, invitent à ce voyage perpétuel dans l’espace tandis que la musique, également de la partie, tranche délicatement dans le vif du sujet.

Et pendant que le fil se déroule ainsi sous nos yeux, alors que l’on approche de l’éclairant dénouement, on se demande finalement si, vraiment, l’intrigue parviendra à son terme : attachement ou détachement.

Si vous aussi, vous souhaitez passer une divertissante soirée en ville et même, profiter d’assister à deux créations du même auteur grâce au « Pass Lagarce », rendez-vous au Théâtre Le Poche !

 Texte: Michael K. Photos: Augustin Rebetez

Art (or not art) ?

ART (OR NOT ART ?)

Théâtre de l’Orangerie, le 8 septembre 2013

« – En forme ? – Très. […] – Avec moi, il rira. » (Ivan et Marc, puis Ivan) 

« Si on pouvait ne pas tomber dans le pathétique. » (Serge, à Ivan)

C’est au cœur du Parc de la Grange qu’Elidan Arzoni, homme aux multiples casquettes, a décidé de jouer « Art », la fameuse pièce de Yasmina Reza. Et malgré une pluie battante, la salle est comble.

C’est ainsi que, dès les premières minutes du spectacle, le metteur en scène et costumier se retrouve dans la peau de Marc, un ingénieur aux goûts bien arrêtés. Les deux autres personnages de l’histoire, Serge le dermatologue et « Ivan le farfadet », sont interprétés par Joan Mompart et Daniel Vouillamoz.

Entre ces trois amis, rien ne va plus. Serge a dépensé « vingt briques » pour un tableau monochrome que Marc qualifie de « m*rde » (non censuré dans le texte). Ivan, qui doit quant à lui gérer les préparatifs de son imminent mariage, ne sait comment réconcilier ses deux compères, qui font pourtant peu cas de sa personne.

Sous la lumière ultraviolette baignant le théâtre, s’opposent donc la blancheur imaginaire de l’œuvre achetée, à la noirceur concrète du décor choisi pour sa représentation et figurant plutôt bien la critique de Marc. Le trait d’union entre ces antagonistes, d’un ton gris, se personnifie par un troisième protagoniste. Celui-ci, simple représentant dans une papeterie en gros et dont le trait de caractère principal se veut mièvre, détient pourtant la clé de leur pseudo-réconciliation finale.

Art.netEn définitive, la grande majorité du public n’aura retenu ni ses éclats de rire, ni ses applaudissements, plébiscitant le jeu des acteurs. Quid alors des quelques « blancs » involontaires de ces derniers ? Puis n’y a-t-il réellement aucun point noir à relever dans le portrait d’une œuvre ayant remporté deux Molières ? Tiraillé dans un monde divisé entre les silences de la didascalie et les cris des dialogues, entre l’agressivité des propos et l’affection des non-dits, bref, un peu perplexe et peut-être égaré dans ce clair-obscur, je serai pour ma part un autre Ivan, dans cet article sans avis tranché.

Dès ce soir et après un arrêt conseillé à la buvette, rendez-vous à l’Orangerie pour la performance plus poétique du danseur et chorégraphe Matija Ferlin : Sad Sam Almost 6.

 Michael K.

20 ans de Green Cross International: Récital d’Andrei Gavrilov, Victoria Hall

Lundi 2 septembre, la magnificence du Victoria Hall de Genève honorait la présence d’Andreï Gavrilov pour un récital d’exception. Afin de célébrer les 20 ans de Green Cross International et de soutenir le projet Smart Water for Green Schools, le maestro Andrei Gavrilov a offert à son auditoire une prestation de haut vol en présence du fondateur de l’organisation, Mikhaïl Gorbachev.

Après un discours saisissant du Président de Green Cross International, M. Likhotal, formulant une ouverture possible sur l’avenir environnemental par le chemin musical,  l’assistance retient son souffle pour l’entrée d’Andrei Gavrilov.

En ouverture du récital, le virtuose se livre à une interprétation majestueuse de la Nocturne en si bémol mineur, op. 9 n°1 de Chopin. Sur scène se tient un artiste à la présence magistrale dont le jeu de mains fascine l’assemblée.

Au fil des Nocturnes, les auditeurs sont conquis par l’engagement personnel d’un génie animé d’une douce folie, semblant lui-même ensorcelé par les accords qu’il exécute. L’émotion que sait transmettre Gavrilov, en plus de son talent infini, passe aussi par sa communion avec le public et le lien qui l’enchaîne à son instrument dans une folle passion.

Le jeu de Gavrilov est d’une finesse exquise ; tantôt délicate et lente, sa touche sait aussi se faire puissante et intense, comme c’est le cas pour la Nocturne en Do mineur, op. 48 n°1. De plus, l’architecture du Victoria Hall ne sait qu’embellir les sonorités du piano de Gavrilov : l’acoustique est splendide et la résonnance parfaite.

L’émotion atteint son paroxysme lorsque le maître entame son interprétation des Sonates n°8 en Si bémol majeur, op. 84 de Prokofiev. L’audience est tenue en haleine et c’est une standing ovation qui salue sa performance. C’est le moment choisi par M. Likhotal pour annoncer la nomination d’Andrei Gavrilov en qualité d’ambassadeur de Green Cross International. Suite à cette déclaration, le pianiste délecte son public d’un ultime moment d’intense émotion en interprétant une séquence de la transcription pour piano du ballet Roméo et Juliette op. 64, la Danse des Chevaliers de Prokofiev.

La programmation musicale de cette soirée d’exception aura contribué à honorer les causes soutenues par Green Cross International. La complexité des Nocturnes romantiques de Chopin ainsi que les Sonates hétéroclites de Prokofiev sont autant d’allégories musicales du sentiment de l’homme par rapport à son environnement. Les œuvres de Chopin et de Prokofiev n’ont jamais été plus actuelles qu’en servant de substrat idéal à l’expression de cette dualité. A ce titre, tel que le mentionnait M. Likhotal lors de son discours d’ouverture, « Music is a higher revelation than all wisdom and philosophy » (La musique est une révélation plus haute que toute sagesse et toute philosophie) (Ludwig Van Beethoven).

Emilie SaviozGavrilov-playing-cropped-1