Une légende vivante au septembre musical

Martha.Argerich©yunus_durukanQui a dit que les légendes du piano n’existaient plus ? L’auditorium Stravinski a eu l’opportunité d’en accueillir une le 7 septembre dans le cadre du Festival de musique classique Montreux-Vevey. Avec la Royal Philharmonic de Londres, Martha Argerich a affirmé son génie en interprétant le concerto pour piano n°1 de Beethoven.

Septante-deux ans et toujours une belle femme ! On la reconnaît par sa grande crinière grise qui lui confère cette pointe de majesté. Après que la Royal Philharmonic a joué l’ouverture de « Les créatures de Prométhée » op.45 de Beethoven, Martha Argerich fait son entrée. Un tonnerre d’applaudissement éclate, non pas seulement en signe de bienvenue, mais surtout au gloire et aux succès que la soliste accumule depuis des décennies. Elle s’assied devant le piano, balaye du dos de la main le clavier sur toute sa longueur, comme pour se l’accaparer. Ce concerto qu’elle s’apprête à interpréter, elle le joua lors de son premier concert. Elle avait huit ans.

L’orchestre, sous la direction de Charles Dutoit, entame les premières mesures du concerto. Les lumières de la salle meurent et le spectateur se retrouve plongé dans un tout autre univers. Martha Argerich attaque sa partition, joue avec ardeur, virilité et caractère le premier mouvement du concerto. Les notes suintent et perlent lourdement sous les mains de la soliste. Le deuxième mouvement contraste avec le premier et son chant prend la forme de vapeurs légères et délicates. Un jeu aérien et un légato synonyme du savoir-faire de l’artiste qui met à nu tout son cœur. Entre temps le chef d’orchestre dessine d’amples gestes, élégants et raffinés et peint un tableau musical riche en couleurs. Les deux protagonistes, qui se connaissent très bien, jouent entre eux et se disputent le gouvernail. On y trouve un plaisir particulier à interpréter leurs regards. Comme le regard d’un couple autrefois marié. A la fin du troisième mouvement l’admiration se traduit par une standing ovation de plusieurs minutes. Elle remercie le public en lui offrant le Traumes Wirren de Schumann, extrait de ses Fantasiestücke. A l’entracte les éloges continuent de fuser : « Cette femme n’est pas humaine, c’est une déesse » commente une spectatrice décidément stupéfiée par l’interprétation de Mme. Argerich.

Entracte

C’est « Le Château de Barbe-Bleue » Sz.48 op.11 de Béla Bartok qui clot la soirée. Le seul et unique opéra du compositeur y est joué dans sa version concert. Sans décor, il est chanté dans sa langue originale, soit en hongrois, par le mezzo-soprano Andrea Melàth et la basse Balint Szabo. Composé en 1911, très peu apprécié par ses contemporains, il représente aujourd’hui l’une des œuvres majeures du XXème siècle.

Après avoir abandonné son fiancé et sa famille, Judith arrive dans le château de son nouveau mari, le duc de Barbe-Bleue dont elle est la quatrième épouse. Elle demande à ouvrir les sept portes de la demeure pour « y faire entrer la lumière ». Barbe-Bleue réticent au début, le lui permet mais avec l’interdiction d’ouvrir la dernière porte. Judith transgresse la règle et fait une terrible découverte.

Le mezzo-soprano emporte avec son timbre éclatant et une voie imprégnée de drame. La basse est toutefois moins convaincante et peu profonde et ne se montre par à la hauteur d’un orchestre bandant tous ses muscles.

Partition difficile nous disait-on avant la représentation de l’œuvre. Mais l’orchestre a prouvé son talent et a su faire vivre le drame et plonger l’auditeur dans un univers fantastique, mystérieux et terrifiant. Les vents, qui revêtent un rôle bien plus important que dans le Beethoven, jouent avec maîtrise et suscitent l’aspect gothique de l’œuvre et toute sa tension.

Matteo Gorgoni

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s