Après sa création au Théâtre de Vidy, Animata revient à Genève

Salle comble, bonne humeur et accueil chaleureux au théâtre Le Poche pour la première mise en scène du cinéaste Jacob Berger, sur une pièce de Gilles Laubert. Le texte semble au premier abord difficile, de par une langue étrangement désarticulée et à la construction inattendue. Il en résulte une mélodie et une logique interne qui illustre la tragédie des personnages. Chacun est prisonnier et tente de trouver chez l’autre une échappatoire. Le Fils, âgé de 25 ans, « normal mais différent », vit une relation exclusive et malsaine avec sa mère qu’il finit par fuir. Il rencontre Aminata, prostituée sénégalaise désabusée. Ces deux exclus de la société font le pari d’une vie à deux, dans une pureté et une innocence qui contrastent avec les démons des deux autres protagonistes à l’apparence plus respectable. La Mère, pourrie par l’amour démesuré qu’elle porte à son fils, veut absolument le ramener chez elle, et part à sa recherche avec l’aide d’un inspecteur bienveillant mais instable…

Après un début un peu lent, seul bémol de cette belle production, l’intrigue et l’émotion de resserrent au fil des saynètes pendant lesquelles les personnages se croisent et se confrontent. Des rencontres où se mêlent l’incompréhension, la peur, l’acceptation de l’autre, la connivence, la xénophobie … Le premier atout de cette pièce, c’est évidemment un texte fort, mais il serait injuste de ne pas saluer le travail du metteur en scène et des acteurs. Jacob Berger exploite à merveille la part comique du texte, et le rire du public, même s’il part de l’indignation, permet de soulager quelque peu la tension. Le plaisir est également dans le jeu des quatre interprètes. Elphie Pampu illumine la scène avec une Aminata sensuelle et lucide, Baptiste Gilliéron rend la fragilité du fils émouvante, Margarita Sanchez campe avec virtuosité une mère tyrannique et rigide. Quant à Gilles Tschudi, son inspecteur inspire autant l’attendrissement que le dégoût.

Au tombé du rideau, les acteurs, encore chargés d’émotions, semblent quitter difficilement leurs personnages malgré les applaudissements enthousiastes des spectateurs. Aminata serre à deux mains celle de La Mère, avant que la troupe n’appelle Jacob Berger à rejoindre la scène pour partager un succès mérité.

Texte : Marie-Sophie Péclard

Aminata

Aminata se joue au théâtre Le Poche, à Genève, jusqu’au 26 mai. www.lepoche.ch

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